• Journée d'études, Rousseau, Diderot et la musique

    Le lecteur trouvera ici l'intégralité des interventions consacrées à un sujet longtemps négligé par la critique. Pourtant Il fit partie d'une des préoccupations essentielles du siècle des lumières. en particulier dans la pensée de Jean-Jacques Rousseau et chez son ami à l'époque Denis Diderot. Rousseau, en particulier, inaugure une nouvelle manière de concevoir notre rapport à la musique, théorisé essentiellement dans son Dictionnaire de la musique et dans son Essai sur l'origine des langues.

    Diderot, à l'époque du Devin du village encourageait fortement à aller applaudir l'intermède dans Les trois chapitres qui faisaient suite au Petit prophète de Boeshmischbroda ; mais il était plus mesuré, dans ses jugements que Rousseau à propos de la musique française. Ils sont d'accord toutefois sur l'essentiel : la musique est certes imitative mais ce qu'elle peint essentiellement, ce sont les sentiments. Il ne s'agit pas essentiellement pour elle de représenter l'orage par exemple, et en général ce que la peinture s'évertue à imiter. Elle est même capable de faire mieux: peindre la nuit ,si l'on suit Rousseau. Quant à Diderot, il se laisserait volontiers tenter par une correspondance des arts offerte par un clavecin oculaire que Rousseau récuse. Cela dit , ils savent que la musique est essentiellement en référence à ce que la culture nomme encore l'âme, malgré un matérialisme de l'époque que Rousseau n'a jamais partagé.

    Les diverses contributions permettent de mettre en évidence la naissance d'une nouvelle esthétique sous l'impulsion de Rousseau qui s'oppose frontalement à la pensée comme à la musique représentées par Jean-Philippe Rameau. A la conception « ramiste » d'une musique-science Rousseau oppose une représentation de la musique-langage du coeur qui renvoie, en son essence propre, à l'intercommunication des affects. Cette opposition est illustrée, aux yeux de Rousseau par celle de la musique française incapable de remplir cet office et de la musique italienne découverte pendant son séjour à Venise, qui l'assume pleinement Certes Rousseau a écrit lui-même de la musique française tout en étant un contempteur de cette musique ; c'est ce qu'il remarquera lucidement. Cette tension entre l'homme et l'oeuvre est patente chez lui ; elle n' interfère pas cependant avec sa recherche d'une réconciliation de la musique et de notre langue, impossible quand celle-ci est chantée . Il trouva la solution dans l' alternance féconde de la musique et de la parole . Ce fut le sens de la promotion du mélodrame représenté par son « Pygmalion ».

    A la faveur des différentes interventions on se rend très vite compte de l'influence de Rousseau dans la pensée musicale ultérieure , à commencer par le romantisme, à qui il offrait un moyen de s'interroger sur sa propre expression et une piste pour comprendre le « langage » musical. Peut-on dire cependant que le «rousseauisme musical» et ceux à qui il s'opposait font désormais partie du passé ? Souvent les problèmes posés à une époque dans les termes qui lui sont propres ont leur écho à des époques ultérieures, y compris aujourd'hui. Déjà Debussy réhabilitait Rameau au détriment de Gluck et contre le mélodisme cher à Rousseau que Debussy cependant ne mentionne pas. Ce même Rameau triompherait-il enfin dans la musique contemporaine quand on sait l'importance qu'y joue la consonance dans certaines écoles ? Ce serait sans compter sur l'influence de L'essai sur l'origine des langues sur la pensée et l'inspiration de François-Bernard Mâche qui fit écouter à l'assistance ses dernières créations musicales en utilisant justement comme éléments de sa musique des langues dont il soulignait ainsi la musicalité . Nous étions alors renvoyés à l'esprit de la langue-musique originaire évoquée par Rousseau qui la cantonnait dans un bienheureux sud. Cela témoigne d'un débat toujours actuel qui stimule la pensée et n'est jamais clos.

    L'ordre dans lequel les différentes communications sont présentées permet le mieux, nous semble-t-il, de dégager les grandes lignes de ce retour à un passé musical qui nous intéresse et qui s'est dévoilé progressivement au fil de la journée, jusqu'à rendre manifeste sa modernité. Mentionnons enfin qu'une journée consacrée à la musique devait se terminer par un concert. Celui-ci illustra la musique des Lumière qui vit s'élaborer la pensée musicale au XVIII ème siècle. C'est ainsi que Rousseau compositeur, Jean-Philippe Rameau, mais aussi Vivaldi, Caldara, Haendel , Pergolèse que Rousseau estimait comme un très grand musicien, illustrèrent cette journée «musicale» à laquelle il faut adjoindre Bernetzrieder maître de musique d'Angélique, la très chère fille de Diderot.

    Note : suite à un problème technique, nous n'avons pu placer les articles dans l'ordre souhaité. Nous vous recommandons de lire les publications dans l'ordre ci-dessous :

    - Diderot-Rousseau, frères amis en musique, par Paolo Quintili

    - Rousseau et Rameau, adversaires en musique, par Raymond Dany

    - Paradoxes sur le théâtre lyrique, par Amalia Collisani

    - Après les lumières : l'énergie de la pensée de Rousseau dans la pratique musicale, par Jeanne Roudet

    - Rousseau et la musique après 260 ans, par François-Bernard Mâche

    - Résonances contemporaines de la pensée musicale de Rousseau, par Emmanuel Reibel

     

    (1) Journée d'étude sous la responsabilité de Paolo Quintili et Simone Vallerotonda , dans le cadre de la convention doctorale de l'université-Tor Vergata- de Rome en collaboration et avec le soutien de Clarens, Fédération internationale Jean-Jacques Rousseau, sous l'égide du Collège international de philosophie.

     

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  • Colloque Rome Octobre 2011
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  • Colloque de Sassari Septembre 2010
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